Le consentement, votre dernier pouvoir face à la monnaie numérique
Dernière mise à jour : 4 août
Tant que les espèces circulent, il reste un endroit où l'on peut payer sans demander la permission. Mais la monnaie se dématérialise, et avec elle s'efface peu à peu le droit de dépenser sans être tracé, profilé, ni autorisé. L'euro numérique se prépare. Le portefeuille européen d'identité numérique arrive. On nous promet le volontariat et la confidentialité. Pourtant, en mars 2024, France Travail laissait fuiter les données de quarante-trois millions de personnes, numéros de sécurité sociale compris. Et tandis que l'Union avance sa monnaie publique, la plus grande plateforme crypto du monde se retrouve aux portes d'une exclusion du marché européen, sur fond d'interventions politiques que personne ne confirme officiellement. Cette cartouche fait deux choses. Elle vous explique, faits vérifiés à l'appui, pourquoi le consentement est devenu votre dernier vrai pouvoir. Et elle vous arme : un courrier prêt à l'emploi, juridiquement blindé, à adresser à votre banque pour notifier votre refus du portefeuille d'identité numérique, exercer votre droit d'opposition au profilage, refuser la biométrie et réaffirmer votre attachement aux espèces. Tout repose sur le règlement européen lui-même et sur le RGPD, sans un mot de trop. Pas de complot, pas d'approximation. Des sources datées, un courrier opposable, et de quoi tenir votre position face à un conseiller. Parce que demain, ce qui ne coûte rien aujourd'hui pourrait valoir très cher.

_______________________________________________________________________________________ À l’attention du Délégué à la protection des données
[Nom de la banque]
[Adresse]
[Ville], le [date]
Objet : exercice de mes droits relatifs à la protection des données et notification de mes choix en matière d’identité numérique et de moyens de paiement.
Madame, Monsieur le Délégué à la protection des données,
En qualité de titulaire des comptes ouverts dans vos livres, je vous adresse la présente afin de fixer ma position et d’exercer plusieurs droits que la réglementation me reconnaît. Cette démarche concerne l’ensemble de mes comptes de paiement et d’épargne.
Je vous informe d’abord de mon choix de ne pas adhérer au portefeuille européen d’identité numérique. Le règlement (UE) 2024/1183 du 11 avril 2024 pose que l’usage de ce portefeuille est volontaire et que nul ne peut être limité ou entravé dans l’accès à un service au motif qu’il ne l’utilise pas, ainsi que l’énonce son considérant 57. Je vous demande en conséquence de prendre acte de ce que je n’entends pas coupler mes comptes à un tel portefeuille, et de me confirmer qu’aucun de mes droits d’accès ni aucune fonctionnalité de mes comptes ne sera subordonné à son adoption.
J’exerce ensuite mon droit d’opposition au profilage, sur le fondement de l’article 21 du
règlement (UE) 2016/679. Je vous demande de cesser tout traitement de mes données de transaction ayant pour finalité l’établissement de profils de comportement, et de me préciser si une quelconque décision relative à l’accès à mes comptes ou à mes fonds repose sur un traitement automatisé au sens de l’article 22 du même règlement. Le cas échéant, je vous demande de me communiquer la logique sous-jacente de ce traitement et de me garantir une intervention humaine dans toute décision me concernant.
Je vous notifie par ailleurs mon refus de consentir à tout traitement de données biométriques, telles que la reconnaissance faciale ou l’empreinte digitale, qui revêtirait un caractère optionnel. L’article 9 du même règlement soumet ces données à un régime de protection renforcée et subordonne leur traitement à mon consentement explicite, que je ne donne pas. Je vous demande de me confirmer le maintien d’un moyen d’authentification non biométrique, tel que le code confidentiel, pour l’accès à mes comptes et la validation de mes opérations, et de m’indiquer les alternatives non biométriques que vous prévoyez.
Au titre des articles 13 et 15 du même règlement, je vous prie enfin de m’indiquer quels
traitements de mes données sont mis en œuvre dans le cadre des dispositifs précités, leurs finalités, leurs bases légales et les destinataires de ces données.
Je tiens enfin à exprimer mon attachement au cours légal des espèces et mon souhait de conserver la pleine liberté de recourir à la monnaie fiduciaire, dont le rôle est par ailleurs réaffirmé par les institutions européennes elles-mêmes.Je vous demande de consigner l’ensemble de ces choix dans mon dossier client et de m’adresser une réponse écrite dans le délai d’un mois prévu par l’article 12 du même règlement.
Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le Délégué à la protection des données, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
[Nom et prénom]
[Adresse]
[Références du ou des comptes]
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Le consentement, votre dernier pouvoir face à la monnaie numérique
Il faut le dire sans détour : A mesure que la monnaie se dématérialise, le citoyen perd un à un les moyens de payer sans demander la permission. Chaque paiement par carte, chaque virement, chaque transaction numérique laisse une trace, peut être profilé, suspendu, conditionné. Une seule forme de monnaie échappe encore à cette dépendance, parce qu’elle ne réclame ni réseau, ni autorisation, ni consentement d’un tiers : les espèces, sonnantes et trébuchantes. Tant qu’elles circulent, il reste un espace où l’on peut payer librement. C’est cet espace qu’il faut défendre.
L’euro numérique est aujourd’hui en préparation. Le Conseil de l’Union européenne a arrêté sa position de négociation le 19 décembre 2025, et le Parlement européen examine le texte, un vote étant attendu courant 2026. Rien n’est encore émis : si le règlement est adopté, un pilote pourrait être conduit à compter de mi-2027, pour un lancement éventuel à partir de 2029. Officiellement, ce dispositif est présenté comme un complément aux espèces et non comme leur remplacement, et son usage doit reposer sur le volontariat. C’est précisément sur ce volontariat qu’il faut prendre les institutions au mot. Puisqu’elles affirment que rien ne sera imposé, alors le refus,
posé d’avance et assumé par chacun, est parfaitement légitime. Refuser par anticipation de coupler sa vie financière à une monnaie programmable n’est pas de la défiance, c’est l’exercice tranquille d’une liberté que les textes eux-mêmes promettent.
Il y a une objection que les promoteurs de la monnaie numérique balaient un peu vite : la
sécurité. On nous promet confidentialité et protection, et les textes européens affirment que la Banque centrale ne pourrait pas identifier directement les utilisateurs à partir de leurs paiements. Mais une promesse de confidentialité ne vaut que ce que vaut la protection des systèmes qui la portent, et là, l’expérience récente impose la lucidité. En mars 2024, France Travail a subi une cyberattaque ayant exposé les données de quarante-trois millions de personnes, parmi lesquelles les noms, les adresses, les numéros de téléphone et, plus grave encore, les numéros de sécurité sociale. L’année suivante, une nouvelle attaque sur le réseau des Missions Locales touchait encore un million six cent mille jeunes. D’autres administrations et organismes ont connu le même sort. Beaucoup d’entre nous reçoivent depuis des messages frauduleux sur des adresses ou des numéros qu’ils n’avaient pourtant communiqués nulle part : la fuite ne vient pas d’eux, elle vient de ceux à qui ils avaient confié leurs informations.
Voilà la vérité que l’on tait : aucune institution, fût-elle publique, n’offre une protection à cent pour cent, et plus on centralise l’identité et la monnaie d’un peuple en un même point, plus on construit une cible dont la valeur appelle l’attaque. Confier l’intégralité de sa vie financière à un dispositif numérique unique, c’est accepter par avance le jour où il sera percé.
À cette faille de sécurité s’ajoute une faille de principe, car une monnaie entièrement numérique est, par construction, programmable, et ce qui est programmable peut être conditionné, restreint, suspendu. D’autres pays ont déjà montré, sous des formes que l’Occident exagère souvent mais dont le principe est bien réel, qu’une fois la dépense numérisée et tracée, il devient techniquement possible de lier le comportement des personnes à des restrictions concrètes, jusqu’à entraver certains achats ou déplacements. Nul ne l’annonce aujourd’hui pour l’euro numérique, et il serait malhonnête de le prétendre. Mais une fois l’outil bâti, son élargissement ne dépend plus que d’une décision politique. C’est là que le citoyen risquerait un jour de seretrouver bridé dans ses échanges, et mieux vaut tenir ce frein soi-même que d’en remettre la
commande à d’autres.
Ceux qui doutent de la portée de cet enjeu feraient bien de regarder ce qui se joue en ce moment même. La plus grande plateforme d’échange de crypto-actifs au monde, Binance, qui revendique plus de trois cents millions d’utilisateurs, se trouve aux portes d’une exclusion du marché européen. Sous le cadre du règlement MiCA, une licence obtenue dans un seul État membre vaut passeport pour les vingt-sept. Binance avait choisi la Grèce et y avait déposé son dossier en janvier 2026, un dossier que la plateforme estimait conforme et sur le point d’être validé. Or, selon l’agence Reuters, le régulateur grec s’apprête à le rejeter, ce qui, faute de licence avant le 1er juillet 2026, priverait Binance du droit d’offrir ses services dans l’Union. La plateforme se tourne désormais vers la France, où les autorités ont par ailleurs ouvert une enquête la visant pour des faits présumés portant sur les années 2019 à 2024.
Là où l’affaire devient politique, c’est dans ce qui se murmure sur les coulisses du dossier grec. Selon plusieurs sources rapportées par la presse spécialisée, mais sans confirmation officielle de la Banque centrale européenne ni des autorités grecques, la présidente de la BCE, Christine Lagarde, aurait fait savoir au Premier ministre grec que Binance n’était pas la bienvenue en Europe. Il faut le dire honnêtement : cette intervention n’est pas établie, elle relève à ce jour de la rumeur sérieuse et non du fait avéré. Mais le motif qu’on lui prête mérite réflexion, car il touche au cœur de notre sujet. Binance est l’un des plus gros pourvoyeurs de liquidité en stablecoins, ces crypto-actifs adossés au dollar, et l’on sait par ailleurs que la BCE se méfie ouvertement de ces stablecoins, que sa présidente juge porteurs de risques pour la souveraineté
monétaire européenne, au moment même où l’Union prépare son propre euro numérique.
Faut-il y voir un complot ? Non, et il serait malhonnête de le prétendre. La lecture la plus
défendable est plus sobre, et plus inquiétante à sa manière : l’application du règlement MiCA, la surveillance des stablecoins et la stratégie de l’euro numérique convergent vers un même mouvement, celui d’une reprise de contrôle des institutions sur la finance numérique. Que ce mouvement soit légitime au nom de la souveraineté, ou qu’il étouffe la concurrence et concentre le pouvoir monétaire, chacun en jugera. Mais une chose est sûre : quand une institution non élue peut peser, fût-ce par un mot glissé à l’oreille d’un chef de gouvernement, sur le droit d’exister d’un acteur économique, la question de l’indépendance des régulateurs et de la neutralité réglementaire cesse d’être théorique.
Voilà pourquoi le consentement est notre dernier pouvoir. Non par méfiance systématique du progrès, mais parce qu’une société où l’on ne peut plus payer sans être tracé, profilé et autorisé n’est plus tout à fait une société d’hommes libres. Garder l’usage des espèces, refuser par avance que toute notre vie financière soit suspendue à un dispositif numérique, exiger de notre banque qu’elle respecte le caractère volontaire des outils qu’on nous présente : ce sont là des gestes simples, légaux, et à la portée de chacun. Ils ne coûtent rien aujourd’hui. Demain, ils pourraient valoir beaucoup.




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